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Les héritiers : sur le seuil ? (Lc 12, 39-48)

il y a 7 minutes
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« A qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »


Ce dernier verset de l’Evangile de Luc, nous le connaissons « bien ». C'est tellement vrai !

 

Mais en préparant ce commentaire, ce sont les versets précédents qui m’ont frappée (Lc 12, 42-44).


Pierre vient de demander : « Seigneur, cette parabole, est-ce pour nous ou pour tous ? » Jésus répond en racontant l'histoire d'une maison confiée à un intendant :


« Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi !

Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens ».

 

La récompense du serviteur, c’est que le maître lui confie tout !

 

Qu’a-t-il fait pour mériter cela? Rien de spécial. Il a simplement donné aux autres leur ration de nourriture en temps voulu. Justice élémentaire ! Devoir strict, pour que chacun puisse vivre.

 

C’est à cet homme-là que le maître remet tous ses biens.

 

Ses biens… On pense à un patrimoine qu’il faut préserver, à sécuriser, à faire fructifier. Mais dans cette maison-là, les biens sont les ressources qui nourrissent.

 

L’intendant n’agit pas comme un propriétaire qui accumule. Il est le serviteur par qui la vie circule.

 

Le maître confie donc sa maison à celui qui veille à ce que personne ne manque de rien, à ce que les autres y trouvent de quoi vivre, à ce que chacun ait sa part.


Prendre soin des biens du Seigneur, c’est ainsi veiller à ce que chacun puisse recevoir sa part de ce que Dieu veut donner à tous.


Prendre soin de cette part-là, c'est entrer dans toute la générosité de Dieu.

 

Dans la lettre aux Ephésiens, Paul dit que Dieu partage ses richesses avec toutes les nations. Il utilise des mots très forts : nous sommes co-héritiers, membres du même corps, associés à la même promesse. Cette promesse-là. L'héritage est partagé.

 

Cela nous questionne. Cela interroge aussi l’Eglise elle-même. Traitons-nous les autres comme des co-héritiers, ou décidons-nous qui a sa place ? Permettons-nous à chacun de nourrir sa foi et d'apporter ses dons ?Ou demandons-nous à certains de se faire tout petits, de taire leur histoire, pour avoir le droit d'entrer ?


Nous connaissons tous quelqu’un qui est resté sur le seuil : une personne divorcée, un couple de même sexe, un jeune qui ne trouve pas sa voie, une famille, des enfants, un étranger qui restent en retrait.


Nous avons reçu beaucoup : la connaissance de l'Évangile, la promesse d’un même héritage, les sacrements, des responsabilités pastorales. Ce qu’on nous demande est à la hauteur de ce don : vivre et servir à la hauteur de cette ouverture. Car la grâce de Dieu déborde nos frontières et nos critères humains. Elle nous engage envers chacun, et particulièrement envers ceux qui restent sur le seuil. C'est exigeant. Très exigeant.


Le texte de l’Evangile ne cache pas l’enjeu. Juste après le serviteur fidèle, Jésus évoque l’autre serviteur, celui qui se met à maltraiter les autres parce que le maître tarde. La fidélité se joue dans l’attente, au jour le jour, dans les gestes ordinaires.


« A qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »

 

Finalement, ce dernier verset parle d’une confiance : celle qui nous est donnée.

 

Et la question devient : « Nous qui connaissons cette générosité de Dieu, nous à qui il a tout confié, qu’en faisons-nous pour les autres ? Tous les autres ? »


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