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Avant les clés... le tablier (Mt 8, 5-17)

  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures


C'est drôle... Quand j'ai entendu cet Évangile, j'ai pensé à... un tablier ! J'ai pourtant relu le texte. Je vous assure : le mot « tablier » n'y figure pas.

Et pourtant, je suis persuadée qu'il est là.

Jésus entre dans la maison de Pierre. Il prend la main de cette femme. La fièvre la quitte. Et saint Matthieu ajoute simplement : « Elle se mit à le servir. »

Nous lisons cela comme si c'était une évidence.

Elle était malade. Elle va mieux. Et hop ! Elle retourne préparer le repas.

Mais saint Matthieu n'écrit pas cela. Il choisit un verbe très particulier. Le verbe grec dont vient notre mot "diaconie" [1].

La diaconie, c'est une manière d'être. Une manière d'habiter le monde. Une manière de vivre avec le Christ.

Le Christ lui-même est venu pour servir.

Et voilà qu'une femme, remise debout par lui, entre à son tour dans cette dynamique.

Je me demande ce qu'elle a bien pu ressentir.

Jésus ne lui demande rien. Il ne lui dit pas : « Maintenant, tu vas faire ceci. »

Il lui prend simplement la main. Il la remet debout.

Et quelque chose naît. Un miracle.

Le véritable miracle n'est pas que la fièvre disparaît. Le véritable miracle, c'est que cette guérison devient une vocation [2].

Comme si, quand on a vraiment rencontré le Christ, il devenait difficile de vivre seulement pour soi.

On parle beaucoup des ministères dans l'Église... L'Évangile nous rappelle qu'avant les ministères reconnus, il l y a un élan intérieur qui transforme la vie.

L’élan d'une femme qui découvre qu'elle peut à nouveau donner.

C'est comme si le Christ lui faisait revêtir un tablier. Le tablier de ceux qui rendent la vie plus belle sans faire de bruit. Le tablier de ceux qui accueillent. Qui prennent soin. Qui rendent une maison plus fraternelle. Qui permettent aux autres de trouver leur place.

Et je me dis...

Que ce serait beau si l'Église savait reconnaître davantage les tabliers ! Ces femmes et ces hommes que le Christ a relevés, et dont toute la vie est devenue une manière de servir. Ne sont-ce pas eux qui, très souvent, tiennent nos communautés debout ?

Au fond, cette femme n'a laissé qu'une seule trace dans l'Évangile.

Elle a servi. Et cela a suffi. Son nom s'est effacé. Son geste, lui, demeure. [3]

Tout à l’heure, si vous voyez un tablier accroché dans la cuisine, ou si vous le décrochez, regardez-le autrement.

Avant les clés confiées à Pierre... il y avait déjà un tablier [4].

 

[1] Le verbe grec utilisé est diēkonei (du verbe diakonein). Si, dans le contexte socio-culturel de la Galilée du Ier siècle, ce terme désignait de manière très pragmatique le service domestique et le fait de servir à table, la tradition chrétienne et l'usage qu'en feront plus tard les Épîtres pauliennes (notamment en Phil 1,1) chargeront ce mot d'une dimension ecclésiale et spirituelle majeure. Nous lisons ici l'embryon de ce qui deviendra la théologie du service (la diaconie).

[2] Il ne s'agit pas ici de subordonner l'action divine (le miracle de la guérison) à l'activité humaine, mais de souligner la dimension relationnelle de la grâce. La guérison opérée par le Christ n'est pas seulement un meilleur état de santé : elle réintègre la personne dans sa pleine capacité d'action et suscite une réponse libre et aimante (la vocation).

[3] Le pape François les appelaient « les saints de la porte d'à côté »

[4] Ce parallèle rappelle seulement que tout ministère ordonné ou d'autorité dans l'Église trouve sa source et sa légitimité évangélique dans l'attitude fondamentale du service (diakonia), dont le Christ reste le modèle suprême (Mt 20, 28 : "Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir").

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