Là où la beauté ouvre...
- Isabelle Halleux
- il y a 6 jours
- 2 min de lecture
Il arrive que la beauté nous rejoigne sans prévenir.
Un paysage aperçu dans le silence, un chant, une parole juste, un visage.
Quelque chose s’ouvre alors, sans que nous sachions toujours le dire. (1)
La beauté touche à l’essentiel.
Elle ouvre la vie de l’intérieur.
Elle réveille en nous un élan discret.
Elle nous apprend à ne pas prendre, à ne pas saisir.
À demeurer devant ce qui est donné, sans vouloir l’utiliser.
La beauté ouvre à une gratuité qui libère (2).
Mais il arrive aussi que la beauté n'apaise pas.
Qu’elle dérange doucement.
Qu’elle nous mette en présence de ce qui est là, avant tout jugement (3).
Qu’elle fasse apparaître ce qui en nous reste fragile, désirant, inachevé (Freud).
Elle ouvre alors à une vérité intérieure qu’il faut accueillir sans se juger.
Et puis il y a des beautés qui ne se regardent pas longtemps.
La présence d’un frère fatigué, la pauvreté d’un visage, une fidélité silencieuse.
Ce ne sont pas des beautés à contempler, mais à reconnaître.
Elles ouvrent à une responsabilité discrète, à une attention plus grande que soi (5).
La beauté n’est jamais un but.
Elle est un passage.
Elle ouvre à la relation, au lien qui demeure même quand tout paraît blessé (6).
La Bible parle peu de beauté éclatante.
Elle parle d’une "gloire voilée", d’une présence qui ne s’impose pas.
Une présence qui se donne sans se laisser posséder.
Une beauté qui appelle plus qu’elle ne se montre.
Peut-être est-ce cela, au fond :
laisser la beauté ouvrir en nous un espace de disponibilité,
où Dieu peut passer sans bruit.

En référence à :
(1) Charles Pépin
(2) Emmanuel Kant
(3) Martin Heidegger
(4) Sigmund Freud
(5) Emmanuel Levinas
(6) François Cheng


Commentaires