Témoignage d'un chemin d'écriture - ou : D'où vient cette confession de foi ?
- 9 janv.
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Dernière mise à jour : 11 janv.
Cette confession de foi est née d’un chemin de méditation de l’Évangile de Jean (Jn 3, 20-30),
Je relisais récemment mon commentaire de ce passage, écrit il y a trois ans. La parole : « Lui, il faut qu’il grandisse, et moi que je diminue » m’était alors apparue comme une vérité profondément libérante : il faut laisser advenir d’autres, en particulier les jeunes qui « montent ».
Une amie, à qui je parlais de cet évangile, a fait résonner ce texte avec (Mc 9, 38-40) : les disciples veulent empêcher quelqu’un d’agir au nom de Jésus parce qu’il ne fait pas partie de leur groupe. Et la réponse de Jésus est simple : « Ne l’en empêchez pas. » J’y ai reconnu la même invitation à lâcher la maîtrise, la même confiance accordée à l’action de Dieu là où elle surgit sans nous.
Peu à peu, ces deux textes ont fait travailler en moi une série de questions plus larges : Comment croire sans retenir Dieu ? Comment être fidèle sans enfermer l’Esprit dans ce que nous connaissons déjà ? Comment se réjouir sincèrement de ce qui naît ailleurs, autrement, parfois sans nous ?
Ces questions ont aussi été ravivées par certaines discussions autour de la remise sur le tapis de la célébration de la messe tridentine, ou encore sur la raclette des scouts de Verviers dans l’église paroissiale, avec le tollé que cela a suscité.
Confession de foi ? Oui !
Confesser, c'est dire et assumer. Confesser sa foi, c’est dire et assumer ce en quoi on croit, c'est « se reconnaître devant Dieu », ce Dieu devant lequel je me tiens.
C’est une parole partagée, ouverte, offerte pour être entendue, accueillie, questionnée — ou simplement laissée là.
C’est, en quelque sorte, une invitation relationnelle.
Je confesse donc une manière de regarder Dieu est son action, une manière d’habiter ma place, et une manière de consentir à un désir de joie qui ne soit pas centrée sur moi.
Utiliser l’expression « Je crois que nous… » peut paraître paradoxal ou englobant. Quand je dis « nous », je ne parle pas à la place de chacun, mais j’essaie de dire une espérance pour un chemin possible ensemble. C’est un « je » engagé et un « nous » ouvert. Ce « nous » est comme un geste d’hospitalité, un espace commun.
J’ai volontairement choisi pour m'exprimer la forme de la litanie : la parole devient offrande, elle se donne sans s’imposer, laissant à chacun la liberté de l’accueillir à son rythme, et laissant à Dieu l’espace pour y entrer.
Voici quelques clés de méditation pour ceux et celles qui souhaiteraient approfondir ce que je confesse dans les différents paragraphes :
« Je crois que Dieu agit parmi nous,
souvent sans bruit,
et parfois autrement que par nous. »
Je confesse la liberté souveraine de Dieu dans son agir.
Dieu n’est pas lié à nos dispositifs, à nos paroles ou à nos rôles.
Son action précède toujours nos initiatives.
Il s’agit d’une foi en un Dieu discret, qui se donne à reconnaître sans s’imposer, et sans dépendre de notre efficacité, de notre performance.
« Je crois que nous sommes appelés, ensemble,
non pas à fermer des portes,
ni à occuper tout l’espace,
mais à laisser Dieu faire place,
et ouvrir ce qui peut naître autrement. »
Je confesse l’hospitalité plutôt que la protection ou la défense.
La communauté n’est pas appelée à contrôler l’espace spirituel, mais à consentir à un retrait qui permet l’émergence du neuf.
L’agir humain devient alors service de l’initiative de Dieu, et pas son encadrement.
« Je crois que nous reconnaîtrons Dieu
le jour où nous accepterons
qu’il prenne l’initiative
ailleurs que là où nous nous pensions indispensables. »
Dieu se laisse reconnaître précisément lorsqu’il déplace nos certitudes et met à nu notre illusion d’être nécessaires à son œuvre.
Reconnaître Dieu passe ici par l’acceptation de notre non-centralité.
« Je crois que Dieu est à l’œuvre
partout où quelque chose de lui advient :
dans la justice, la vérité, la compassion,
quels que soient ceux qui les portent. »
L’Esprit agit au-delà des appartenances visibles.
Dieu se reconnaît à travers ses fruits, indépendamment de ceux qui les portent ou des cadres dans lesquels ils surgissent.
La foi devient alors attentive aux signes du Royaume plus qu’aux balises ou aux frontières institutionnelles.
« Je crois que nous apprendrons la joie fraternelle
en nous réjouissant de l’initiative de Dieu
là où nous ne l’attendions pas,
et en acceptant de ne pas être au centre. »
Joie et décentrement vont ensemble.
La joie chrétienne n’est pas liée à la reconnaissance ou à la réussite personnelle, mais à la capacité de se réjouir de l’œuvre de Dieu pour elle-même.
La fraternité naît lorsque le centre est laissé libre pour Dieu.
« Je crois que notre fidélité
n’est pas de retenir,
mais de faire confiance à Dieu
pour que le neuf advienne
au milieu de nous
et au-delà de nous. »
La fidélité est ici un acte de confiance, et non un réflexe de conservation.
Être fidèle, ce n’est pas figer ce qui est, mais croire que Dieu continue d’engendrer du nouveau, y compris là où cela nous dépasse.
(Silence)
Le silence final reconnaît que la parole de foi ne peut pas tout dire de Dieu.
Il marque un retrait volontaire, laissant à Dieu l’initiative de poursuivre ce qui a été partagé.
Ce silence devient ainsi lieu d’accueil et de confiance.
A propos de l'image :
Cette peinture montre ce qui arrive quand on accepte de ne pas retenir Dieu.

On croit voir des mains, mais ce sont des rochers - l'image désamorce toute appropriation.
Le jaune est une lumière donnée - elle fait place et fait rayonner de l'intérieur.
La verticalité de la montagne est banale - elle se tient simplement devant.
Enfin rappelons que la montagne est le lieu de la révélation.
On voit le papier, la trace de la main et une note “ocre jaune : 2 couches”.
Cela dit la fragilité, le travail, l'inachèvement assumé. Et cela rejoint profondément l'idée d'une parole offerte, ouverte, laissant à Dieu l'initiative. Comme quand on "écrit" une icône...


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