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« Judas, mon ami » (Mt 26, 14-25)

  • Photo du rédacteur: Isabelle Halleux
    Isabelle Halleux
  • 12 avr. 2022
  • 3 min de lecture

Le baiser de Judas, Giotto (vers 1350), Chapelle des Scrovegni, Padoue
Le baiser de Judas, Giotto (vers 1350), Chapelle des Scrovegni, Padoue

L’évangile du jour nous parle de Judas. L’AELF donne comme titre à ce passage  : « Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit ; mais malheureux celui par qui il est livré ! » En effet, malheureux ce Judas, qui laisse à la postérité l’image d’un traître, possédé du démon.


Si nous nous contentons d'une lecture au premier degré de ce passage de l’évangile de Matthieu, nous ne verrons en Judas que celui qui a livré le Christ et que l'on nous présente souvent comme un traître.

 

Ne cherchons pas à comprendre la personnalité de ce disciple dont l'évangile ne nous dit pas grand-chose finalement, sinon que pendant plus de trois ans, il a été un proche de Jésus. Jésus l’appelait « mon ami ». C’est tout dire ! N'essayons pas non plus de tirer une leçon morale de ce texte, mais méditons-le dans une perspective théologique, pour nous plonger dans le mystère pascal et le triduum qui s'annonce. Nous y verrons alors un "Judas Soleil" comme l’appelle Anne Soupa [1].

 

Judas, de la Tribu de Juda, le seul non galiléen des douze. L’ancêtre, Juda (sans « s »), rappelez-vous Gn 37, avait réussi, sans le vouloir directement, à transformer le projet de mort de ses frères en une source de vie, en s'interposant pour que Joseph ne soit pas tué. Joseph a été vendu à une caravane de passage. Il sortira les Hébreux d’Egypte. Joseph dira (c’est tout à la fin du livre de la Genèse - Gn 50, 20) : « Le mal que vous aviez dessein de me faire, le dessein de Dieu l’a tourné en bien afin d’accomplir ce qui se réalise aujourd’hui : sauver la vie à un peuple nombreux ».

 

Ce Judas-ci (avec un « s ») va livrer Jésus. Jésus n'est pas mort parce que Judas l'a livré ! Jésus est mort parce que le dessein salutaire de Dieu s'accomplit par sa mort. Il s'accomplit à travers cette « livraison » par Judas, qui a presque le sens de « donné ». « Corps du Christ livré pour nous. Sang du Christ versé pour nous. », chantons-nous lors de l’eucharistie. « Corps du Christ livré pour nous ». Jésus se révèle Sauveur de l’humanité,  humanité dans laquelle le mal existe, un mal que Judas est sans doute incapable de combattre, un mal avec lequel il faut apprendre à vivre, sans le gommer.

 

Dans cet évangile, Matthieu nous parle de celui qui est « le déclencheur » de la Passion du Christ : Judas. Tout ce que le christianisme apporte d’original sur le mal se lit dans ce texte, à travers le respect de Jésus envers Judas, de la liberté qu’il lui laisse, alors qu’il sait qu’il va le livrer. Cet évangile nous parle de foi, de cette possibilité que nous avons de choisir la vie, l’alliance avec un Dieu qui appelle à la liberté et au bonheur. De la liberté que nous avons de dire « oui » ou « non » à l’invitation à suivre le Christ. Judas semble avoir opté pour le « non ».

 

« Malheureux celui par qui il est livré ». Malheureux Judas ! Humain trop humain, qui n’arrive pas à faire vivre cette amitié du Christ et qui, déçu sans doute et désespéré, n’a pas compris que le Christ l’a considéré comme un homme libre, un sujet à part entière – ne lui lavera-t-il pas les pieds, ne l’invitera-t-il pas à son dernier repas ? –. Malheureux Judas qui n’a pas compris que Jésus entend son malheur, le plaint de ce qu’il va endurer (« il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né »), ne le condamne pas et l’aimera, comme les autres, jusqu’au bout. Malheureux Judas qui n’a pas écouté la parole de Jésus.

 

Et en même temps, Heureux Judas ! Heureux Judas qui n’est pas exclu. Heureux Judas dont Jésus prend sur lui le mal, Judas qui bénéficie, même s’il ne s’en rend pas compte, du pardon accordé à la multitude.  

 

« Judas », lui écrit Anne Soupa en conclusion de son livre, « nous autres, lecteurs des évangiles, nous t’avons accompagné et nous t’accompagnerons encore, de Semaine sainte et Semaine sainte, en silence et en paroles, car ton histoire pénètre jusqu’à la moëlle de nos os. Et à chaque fois, il nous reviendra de transformer ce que nous aurons appris de toi, à cause de toi et avec toi, en une leçon de sagesse et de vie ».


 

[1] Anne Soupa, « Judas, le coupable idéal », Albin Michel, 2018, 232 p.

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